Vos commandes américaines arrivent toujours, mais quelque chose a changé. Plus de colis refusés, plus de demandes de remboursement, des clients qui découvrent des frais à la livraison. Ou simplement des ventes aux États-Unis qui stagnent, sans explication évidente dans vos campagnes.

Ce n’est pas une impression. Depuis l’été 2025, les règles pour envoyer un colis du Québec vers un client américain ont changé plusieurs fois. Voici l’essentiel, sans jargon douanier, et ce que cela change concrètement dans une boutique Shopify.

Qu’est-ce qui a changé en un an ?

Quatre dates résument la situation, et une cinquième est déjà fixée.

  1. 29 août 2025

    Le seuil de 800 $ US disparaît

    Un colis vers les États-Unis ne passe plus en franchise. Chaque commande peut désormais payer des droits, quelle que soit sa valeur.

    Source : Thompson Hine
  2. 20 février 2026

    La Cour suprême annule une partie des droits

    Les droits visant les produits canadiens non conformes à l’ACEUM tombent. Une surtaxe temporaire de 10 % les remplace jusqu’en juillet.

    Source : WilmerHale
  3. 24 juillet 2026

    Nouveaux droits « travail forcé »

    De 10 % à 12,5 % selon les pays. Les produits conformes à l’ACEUM en sont exemptés.

    Source : Z2Data
  4. 22 août 2026

    Surtaxe de 50 % sur une liste de produits canadiens

    Alcool, produits laitiers, certains meubles, produits en cuir et textiles. Cette fois, la conformité à l’ACEUM ne protège pas.

    Source : C.H. Robinson
  5. 1er juillet 2027À venir

    La suppression du seuil devient définitive

    Une loi américaine adoptée en 2025 inscrit la fin de l’exemption dans la durée.

    Source : Thompson Hine

Ajoutez à cela les droits sectoriels, qui restent en place, par exemple sur les armoires de cuisine canadiennes (Association canadienne des fabricants d’armoires de cuisine). Résultat : deux produits du même catalogue peuvent être traités très différemment. Tout dépend du code tarifaire et du pays d’origine de chaque produit.

Le problème ne se voit pas d’abord en comptabilité. Il se voit au checkout.

Pourquoi le problème apparaît-il d’abord dans la boutique ?

Si les droits ne sont pas payés au moment de l’achat, c’est le client qui les paie à la livraison, souvent avec des frais de courtage du transporteur. Il découvre un montant qu’il n’avait pas prévu, au pire moment. Ce qui suit est prévisible :

Colis refusés

Le client ne paie pas à la porte. Vous payez le retour.

Remboursements

Le client réclame les frais imprévus ou annule.

Avis négatifs

La surprise se retrouve sur votre fiche, visible de tous.

Paniers abandonnés

Les clients qui anticipent ces frais n’achètent pas.

Dans vos données, cela ressemble à une baisse de conversion ou de rentabilité des campagnes américaines. La cause n’est pourtant ni la publicité ni la page produit.

Faut-il faire payer les droits au checkout ou à la livraison ?

DDU

À la livraison

  • Le client découvre les droits à sa porte
  • Des frais de courtage s’ajoutent souvent
  • Risque de colis refusé et de remboursement
DDP

Au checkout

  • Le client voit le prix final avant de payer
  • Shopify calcule les droits, marché par marché
  • Exige le code SH et le pays d’origine de chaque produit

Shopify peut encaisser les droits au checkout, les afficher sur une ligne séparée ou les inclure dans le prix. Le transporteur doit accepter les étiquettes « droits acquittés » (Shopify). Un prix « droits inclus » rassure, mais pèse sur la marge si les tarifs n’ont pas été revus. C’est une décision commerciale autant que technique.

Expédier depuis le Canada ou stocker aux États-Unis ?

Canada

Expédier depuis le Canada

  • Droits payés colis par colis
  • Coût qui varie d’une commande à l’autre
  • Aucun stock à déplacer
États-Unis

Stocker aux États-Unis

  • Droits payés une fois, à l’import du stock
  • Coût plus prévisible
  • Stock dédié, retours sur place, fiscalité américaine à analyser

Le second modèle ne se justifie qu’à partir d’un certain volume (MNP). Tout dépend du catalogue, des marges et du poids des ventes américaines.

Que vérifier dans votre boutique Shopify ?

Voici les points que je regarde sur une boutique qui vend aux États-Unis.

  • Code SH et pays d’origine renseignés sur chaque produit
  • Droits encaissés au checkout américain, ou découverts à la livraison
  • Prix en dollars américains qui tiennent compte des droits
  • Conditions de livraison aux États-Unis claires sur les pages produits
  • Produits concernés par la surtaxe de 50 % identifiés
  • Campagnes américaines jugées sur la marge après droits
  • Livraison et taxes à jour dans le flux Merchant Center américain
  • Retours américains prévus

Chacun de ces points se vérifie rapidement. Savoir lesquels coûtent le plus cher à votre boutique est une autre affaire.

Questions fréquentes

Le seuil de 800 $ US existe-t-il encore pour les colis canadiens ?

Non. Il est suspendu depuis le 29 août 2025 pour tous les pays, et une loi américaine prévoit sa suppression définitive le 1er juillet 2027.

Un produit conforme à l’ACEUM entre-t-il sans droits aux États-Unis ?

Pas toujours. La conformité à l’ACEUM exempte des droits « travail forcé », mais pas de la surtaxe de 50 % si le produit figure sur la liste visée, ni des droits sectoriels.

Faut-il faire payer les droits au checkout ou à la livraison ?

Encaisser les droits au checkout évite la mauvaise surprise à la livraison, qui peut coûter un colis refusé, un remboursement ou un client. Le bon réglage dépend de vos marges, de vos volumes et de vos transporteurs.

Ces règles vont-elles encore changer ?

Probablement. Les règles pour les envois postaux doivent évoluer le 20 janvier 2027, la suppression légale du seuil est prévue le 1er juillet 2027, et l’ACEUM est en révision. Pour classer vos produits, un courtier en douane reste l’interlocuteur de référence.

Un sujet douanier qui se règle dans la boutique

La fin du seuil et les nouveaux droits ne sont pas qu’une affaire de logistique. Ils changent le prix final, le checkout, la conversion et la rentabilité des campagnes américaines.

Chaque catalogue a sa propre exposition. L’enjeu est de savoir quels produits, quels prix et quel mode de livraison revoir en premier, avant d’investir davantage sur le marché américain.

Situation au 22 octobre 2026. Cet article ne constitue pas un avis juridique ou douanier : la classification de vos produits relève d’un courtier en douane agréé.

Sources

  • Thompson Hine, CBP Issues Interim Final Rules Indefinitely Suspending the De Minimis Exemption for Imports
  • WilmerHale, Supreme Court Strikes Down IEEPA Tariffs: What Now?
  • Z2Data, How the Termination of Section 122 Tariffs Impacts Your Supply Chain
  • C.H. Robinson, New 50% Section 338 Duties on Select Canadian Products
  • Canadian Kitchen Cabinet Association, Update on US Tariffs applied to Canadian cabinet manufacturing
  • Shopify, Collecting international duties and import taxes at checkout
  • MNP, Navigating the end of de minimis: Strategies for Canadian businesses
  • Zonos, U.S. Tariff Changes & Postal Duty Updates